Consommer végan, une pratique écologique?

Published by sandra debruyne on

Consommer végan, est-ce plus écolo?

le véganisme
Légumes d'Automne. Pixabay

Nous le savons tous, l’élevage est très polluant: il représente à lui seul 15 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. On pourrait en déduire que les végans, qui ne mangent aucun produit d’origine animale, ont un faible impact carbone par rapport aux autres régimes alimentaires. Mais certains scientifiques nous alertent sur les raccourcis qui peuvent être faits

On entends beaucoup parler du véganisme: ce mode de vie consiste à exclure tout produit d’origine animale , que ce soit dans son alimentation ou dans sa vie quotidienne (habillement, cosmétiques..)

Une étude de l’université d’Oxford publiée en 2014 a démontrée que le régime végan serait largement moins polluant qu’une alimentation avec de la viande. Les chercheurs ont évalué à 2,89 kg équivalent CO2 (KgeqCO2) les émissions par jour d’un végan, contre 3,81 KgeqCO2 pour les végétariens (qui consomment des oeufs et du lait) et 4,67 KgeqCO2 pour les individus mangeant moins de 50 grammes de viande par jour. Les gros consommateurs de viande atteignent eux les 7,19 KgeqCO2.

Un mangeur de viande émet 2,5 fois plus de gaz à effet de serre qu'un végan

“Le régime moyen de quelqu’un qui mange beaucoup de viande et consomme 2 000 calories par jour émet 2,5 fois plus de gaz à effet de serre que le régime moyen d’un végan“, indique l’étude. “Sur le changement climatique, les protéines végétales lointaines auront toujours moins d’impact que la viande“, juge Vincent Colomb, ingénieur évaluation environnementale des produits agricoles et alimentaires à l’Ademe interrogé par Libération.

Mais la communauté scientifique semble divisée sur le sujet. Pour Jean-François Hocquette, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), remplacer les protéines animales par les protéines végétales ne baisserait pas drastiquement l’impact environnemental de l’alimentation, car certaines études indiquent une production végétale plus importante avec les régimes sans viande voire une consommation alimentaire accrue pour satisfaire les besoins des humains.

Par ailleurs, selon la FAO, cité par Jean-François Hocquette, “il faut 9 kilogrammes de protéines végétales pour produire un kilogramme de protéines de bœuf. Cependant, les ruminants peuvent produire davantage de protéines consommables par l’Homme qu’ils en utilisent car ils ont la capacité de valoriser l’herbe et les fourrages que l’Homme ne peut valoriser“, explique le chercheur. Il serait donc nécessaire de valoriser l’élevage à l’herbe.

Attention aux interprétations

“Il faut être très prudent sur les simplifications ou interprétations de certaines études scientifiques sur ce sujet“, prévient Jean-François Hocquette. “On affirme souvent que 15 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire 1 kg de viande de bœuf par exemple. Le chiffre est vrai dans le calcul théorique mais faux dans l’interprétation. Car cela ne veut pas dire qu’on économiserait 15 000 litres d’eau si on mangeait un kg de viande en moins. En réalité, 94 % de cette eau correspond à l’eau de pluie nécessaire à la pousse de l’herbe et la pluie tomberait de toute façon que les animaux soient là pour manger ou non l’herbe“.

Il est facile de tomber dans des raccourcis. D’autant que ce sujet est très sensible depuis les attaques de boucheries par des militants végans. “On marche sur des œufs car il y a un débat idéologique sous-jacent“, glisse un chercheur, “et la communauté scientifique est divisée car les chiffres sont difficiles à analyser“.

Pour nourrir tous les humains, le véganisme n'est pas adapté

Pour sortir du manichéisme, Jocelyne Porcher, directrice de recherche à l’INRA a publié une tribune dans le Figaro dans laquelle elle dénonce à la fois l’élevage industriel et ses dérives mais aussi le véganisme qu’elle trouve extrême. La solution ? Revenir à un élevage paysan, de taille humaine, dans lequel le bien-être animal est pris en compte. Car l’élevage a aussi des impacts positifs sur l’environnement du fait qu’il entretient les paysages et la biodiversité.

Au-delà de l’impact environnemental, c’est aussi celui de la sécurité alimentaire qui pose question. L’enjeu est aussi, avant tout peut-être, de nourrir 9 milliards d’humains d’ici 2050. Or selon une étude de chercheurs américains publiée dans Elementa en 2016, le meilleur scénario pour nourrir le plus de monde en fonction des terres agraires utilisables est le régime végétarien. Même les scénarios dans lesquels 20 à 40 % de la population mangent de la viande en quantité raisonnable seraient plus adaptés que le régime végan.

Autrement dit, aujourd’hui, deux terrains de football sont nécessaires à un Américain moyen pour maintenir son régime actuel. S’il passait à un régime végétarien, il utiliserait moins d’un demi-terrain pour se nourrir. En revanche, “le régime végan gaspille des terres disponibles qui pourraient nourrir davantage de personnes“, résume Quartz. Le régime végétarien permettrait ainsi d’optimiser au maximum les terres, contrairement au véganisme.

L’enjeu de choix est simplement de garder à l’esprit qu’au-delà de ce que vous choisissez de manger ou pas, c’est surtout le mode de production (et de conditionnement) de ce que vous mangez qui affecte l’impact de votre alimentation. Ainsi, une diète végan constituée essentiellement de produits importés ou aux impacts écologiques élevés comme l’avocat, le riz, les noix de cajou ou le quinoa sera certainement plus polluante qu’une diète omnivore avec une consommation modérée de viande, d’œufs et de produits laitiers, issus d’élevages respectueux de l’environnement. L’idée sous-jacente étant qu’une alimentation écologique est avant tout une alimentation qui se contente de consommer les aliments en fonction de notre capacité à les produire facilement, en quantités raisonnées et sans trop d’impact sur la planète. Or, ces aliments écologiques peuvent-être végétaux, mais aussi animaux, et inversement, certains produits végétaux peuvent être très difficiles à produire en grandes quantités sans affecter nos ressources naturelles. Bien sûr cela ne revient pas pour autant à dire que tous les adeptes du veganisme ne mangent que des produits importés : beaucoup de vegans tentent de consommer des produits locaux et de saison. Mais même comme cela, se contenter d’aliments végétaux n’est pas toujours plus écologique que de s’alimenter avec des produits variés. Par exemple, des produits comme le hareng ou le maquereau ont des empreintes écologiques inférieures au combo riz-lentille (1.16 et 1.80 kg de CO2 par kg pour les poissons contre 3.7 à 7 kg de CO2 pour le combo riz – lentilles) alors qu’ils apportent plus de calories et de nutriments essentiels (protéines, oméga 3). Le canard est aussi plus écolo que la laitue (3 kg de CO2/kg contre 3.8) et bien des produits d’origine animale (œufs, lait) ont une empreinte carbone inférieure à certains légumes (courgettes, asperges)… Au final, dans certains cas, consommer de temps en temps des produits animaux peut-être plus écologique que de consommer seulement des végétaux, même locaux, de saison et bio. Il faut simplement choisir les produits adaptés avec des modes de production respectueux de la planète. Cet article traite de l’aspect écologique du véganisme et ne remet pas en cause le côté moral de cette pratique.

Source: Novethic


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